Lune

       J'avais pour habitude de rôder en observatrice aux alentours de la tanière. Ce que je préférais, c'était me poser au devant de l'entrée les soirs de température clémente, mi-clore mes yeux et lever le museau pour mieux humer le soleil qui se couchait derrière les sapins qui bordaient la clairière. J'étais bien.
La nuit subreptice tombait alors que je remontais les paupières, agrandissant mes iris. Je m'en retournais à l'intérieur. Je redoutais le silence de la nuit, son hostilité ainsi que les ombres qu'elle dessinait à côté de ma couche. Je soupirais dans la mousse ; et m'endormais.

       Un soir, à mon rendez-vous habituel avec l'astre du jour, je vis passer la forme d'un corps robuste à l'autre bout de la clairière : il longea les sapins en tapinois, puis s'arrêta loin mais face à moi. J'humai. Il huma. Un peu de piquant de baie, de douceur de terre humide et mille autres saveurs familières que je ne sus définir. Il avança vers moi, d'un pas prudent mais rassurant, alors que je restai stoïque mais tendue. Arrivé à quelques mètres à peine de moi, il bondit en arrière, vieux réflexe de vagabond solitaire, sans doute. Il fit volte-face, me tournant l'échine, tandis qu'happée par l'instant je le succédai de quelques pas. Ce fut sûrement un craquement d'herbe qui le fit s'arrêter et se retourner. Je m'immobilisai alors sur mes quatre pattes. Il m'observa un instant et s'en-alla en ligne droite parfaite vers les sapins du fond de la clairière. Il disparut.
La nuit était tombée. Pour la première fois je ne m'en préoccupai pas.