04.03.13

Voilà

Parce que vivre, ça n'est pas se laisser faire, nous sommes de retour chez nous. Voilà.

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15.01.13

A celle

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       Voilà plus d'un an que je vous mens. J'ai dû quitter la maison du bonheur pour une histoire professionnelle. Voilà tout ce temps que mon coeur s'est arrêté de battre. Jamais je n'avais autant senti où était ma place. Loin des yeux, loin du coeur, dit-on. Et pourtant, partir n'a fait que me faire me rendre compte que je ne pouvais pas vivre dans cet ailleurs. Je n'ai cessé de chercher des solutions pour revenir. Et pourtant, sûrement jamais de retour possible. Pour des histoires de boulot, d'argent, de choses qui ne sont tellement pas "vivre". "Il faut faire des concessions dans la vie", "Tu as un travail, alors partir de ta maison, c'est secondaire", "Il faut t'y faire, tu trouveras un autre endroit chouette". J'ai pleuré. Et puis au bout d'un moment je me suis transformée en robot : je n'ai même plus su pleurer. Tout le monde me disait de me faire une raison.

Un locataire s'est mis dans "la" maison, tandis que j'en étais si loin, jalouse. Au bout de six mois, mamie à qui appartenait la maison est partie là-haut. Dix minutes après le coup de téléphone qui annonçait cela, le locataire a appelé pour dire qu'il résiliait son bail et que la maison était à nouveau libre. Ce soir-là, nous avons tous dit que la vie n'était peut-être pas toujours un hasard. Tout rappelait là-bas. Même mon père, si pragmatique, m'a dit : "Qui sait, ce sont peut-être des signes...". J'ai tout maudit de n'avoir aucune solution.

Je suis allée à l'enterrement de ma grand-mère, un jour de grand soleil, dans le village de "la" maison. Ce jour-là j'avais mis un gilet rose et un papillon dans mes cheveux parce qu'elle aurait aimé. Je suis passée devant chez moi la boule au ventre, mais comme si c'était encore chez moi.

       Six mois de plus sont passés. J'ai appris que je devais m'en-aller encore plus loin. Oh rien de plus que 531km, sans mobilité possible avant trois ans à peu près, seule. SEULE. Je le savais, et pourtant j'ai cru devoir, pouvoir me forcer, après tout dans la vie on ne décide pas, et ce fameux "il faut faire des concessions", "on ne peut pas tout avoir". 

       Et pourtant...

Aujourd'hui j'ai pu et décidé d'aller à l'encontre de ces derniers adages. J'ai posé une démission. J'ai osé. J'ai tout plaqué. Dans un mois et-demi, je retournerai dans la maison du bonheur. Je vais retrouver la maison, mes proches, l'immense jardin, les trois sapins du fond, les mirabelliers, les basses montagnes, les pâturages parsemés de chevaux...
Je me revois encore il y a un an, le jour où j'ai quitté mes trois grands sapins. Je les ai regardés, je leur ai demandé "Dites-moi que je vais revenir vite...", et à en voir le vent dans leurs branches j'en ai déduit un "oui".

Jamais je n'ai parlé de tout cela ici, en me disant que dans mon coeur et dans ma tête, je n'avais jamais quitté l'endroit où j'étais heureuse, et que je refuserai de l'avoir quitté dans ma tête et mon coeur, jusqu'à ce que j'y revienne.  

Jamais je n'ai fait une chose aussi folle, et aussi pleine et forte de sens. Oui, on peut toujours changer les choses. Rien ni personne ne devrait pouvoir vous dicter où et comment vivre, vous arracher à votre bonheur et vous dire que vous n'avez qu'à vous en refaire un ailleurs et autrement. Pour la première fois j'ai compris ce que c'était qu'un coeur qui refuse catégoriquement de se soumettre. Rien ni personne ne peut vous arracher ce que vous avez dans le coeur.

       Il y a quelques jours, retour dans LA maison. La voisine a aperçu le Mini-Loup dans le jardin. Exclamations de joie. Quand nous l'avions quittée, elle avait posé en cachette dans le jardin pour le Mini-Loup un petit faon en peluche. Celui qui appartenait jadis à son chat, m'avait-elle dit.

Elle est allée chercher son mari qui appelait Mini-Loup "Copain" : "Hubert, quelqu'un t'attend dehors, mais prends un Petit Pr*nce". Il a compris et j'ai vu toute l'émotion du moment dans ses yeux, j'ai à peine entendu sa voix émue dire "Oooh, mon Copain !" et j'ai vu son sourire immense. Il l'avait quitté tout bébé, il l'a retrouvé robuste et adulte, mais sa façon de lui parler n'a pas changé. J'ai vu mon chien qui n'avait rien oublié, rien, gémissant debout sur ses pattes arrières, comme un bébé.

J'ai tourné la tête un instant vers l'autre maison voisine, de l'autre côté du jardin. Juliette n'était plus derrière sa fenêtre. Juliette est morte il y a quelques jours, mais elle a encore su qu'on reviendrait. Tout est remonté en moi : la caisse de pommes de terres qu'elle m'avait donnée, le pot de confitures de groseilles que je lui avais tendu en échange et son merci tout ému. Chaque jour lorsque je passe de ce côté je crois voir encore Juliette derrière sa fenêtre.

Et j'ai eu envie de pleurer. Mais plus de la même façon.


Leonard Cohen - Hallelujah

De retour.

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10.10.12

Un beau et chaud octobre

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22.08.12

Les Petits Riens

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       Imaginez que vous vous réveillez dans votre chambre tout en bois. Vous ouvrez le volet et tombez nez à nez avec un ciel bleu du petit matin radieux, sur lequel se dessine une montagne de bien 2000m. Une jolie montagne, avec la même forme que celles que dessinent les enfants. La lumière du matin lui donne une couleur et un reflet particulier.

Vous avez faim, vous allez prendre le petit déjeuner, dans une grande salle aussi tout en bois et en pierre. Imaginez un buffet monumental de petites confitures maison, pâte à tartiner, fromage, charcuterie, salade de fruits, corbeilles de fruits, céréales, pains en tout genre, croissants, petits pains au chocolat, gâteau, madeleines, escargots à la crème... Inévitablement, vous vous découvrez un appétit d'ogre du matin, et Dieu que ça fait du bien !

       Et puis, armés, on sort, arpenter des chemins qu'on connaît, pour aboutir sur d'autres qu'on ne connaît pas. Tout est à sa place : la grande fontaine en pierre, la vieille ferme, le basset qui aboie, les daims, les neiges éternelles au loin, le torrent et son doux bruit que j'aime plus que tout autre bruit au monde... Je ne cherche pas de "sensations fortes" au sens commun du terme. Mes sensations fortes, c'est ça, les manifestations de la vie de tous les jours, mais de la vie très douce, et pourtant on les appelle "les petits riens".

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21.08.12

Plaisirs simples

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     Je vous invite à savourer des plaisirs simples et primaires. Le matin, je vous invite à regarder se lever le soleil sur la montagne...

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...puis aller au torrent, et regarder y fureter l'Epagneul, excité, curieux, trempé, heureux, et tenter délibérément, un peu fou-fou, de le suivre, caillou par caillou sous vos grosses chaussures bien moins pratiques que des pattes griffues.

       L'après-midi, suivez-nous des centaines de mètres plus haut (mais en promenade douce, pas en randonnée harassante), caresser les panoramas vertigineux, et arriver à un lac de haute montagne vert tendre. Je vous conduis jusqu'à la ferme qui le surplombe. Les vaches paissent, les chiens les surveillent, et on vous vend un fromage tout frais.

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20.08.12

Que le temps s'arrête

       La lumière du soleil couchant éclaire le haut du Mont. Il fait encore bien jour. Cette lumière a toujours été celle que je préfère : la plus douce qui soit. Souvent, j'aimerais que le temps reste un peu bloqué là. On met un petit gilet, ça sent les repas qui se préparent dans les chalets, l'effervescence de la journée est retombée mais celle du soir se prépare dans les intérieurs... j'en ai des frissons en l'écrivant, et une frustration immense de ne pas savoir décrire comme je l'aimerais avec des mots. C'est d'ailleurs sûrement ce côté indescriptible, qui fait que ce moment est toujours aussi fort et doux comme une caresse, et propice à tous les espoirs, toutes les envies, tous les bonheurs.

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19.08.12

Sauvage

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Il y a un an à ce même endroit, il avait trempé ses pattes quelques secondes et était ressorti assez vite. Aujourd'hui, il s'élance dans le ruisseau sans même hésiter, attrape l'eau avec sa gueule, furette, explore et n'en sort plus. Mon loup petit format a l'air fort heureux, rapproché de son état sauvage naturel, et j'adore, vraiment j'adore le voir ainsi.

J'ai des chaussures toutes neuves et les voilà déja trempées dans l'eau et un peu verdies par l'herbe. Et je m'en fiche, bien au contraire. Elles portent la marque de la liberté.

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17.08.12

Les Maîtres de la nuit

       Nous sommes 4 et Jo notre guide à avoir encore le courage de marcher une heure pour rejoindre un chalet d'alpage des années 1700... histoire d'y rejoindre ceux qui y sont allés en véhicule, et y mériter notre dîner. Nos compagnons de route sont âgés de 20 ans de plus que nous et c'est un plaisir. Par quelle magie ici puis-je aimer les gens ? Ils sont différents. On ne parle ni politique, ni argent, ni actualité, ni malheurs. On parle de la vie ici et maintenant. De la montagne qu'elle est belle, de la vallée là en-bas dont les maisons deviennent de plus en plus petites plus on monte, des magnifiques chalets de part et d'autre du chemin, des choses à manger qui nous attendent. C'est ça la vie, rien d'autre. Je voudrais que toute ma vie, interagir avec les gens, ce soit ça. "Ah salut Jo !", lance un fermier. Il est en-train de sortir ses vaches de leur pré, pour leur faire rejoindre la ferme. Elles font un bout de chemin à nos côtés. En tout point la vue est très ouverte, dégagée sur la vallée, les prairies de montagne. On se sent terriblement libre.

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"Dernière ligne droite", dit Jo. Au bout de cette ligne, enfin le vieux chalet, majestueux. On nous aperçoit : "Ah ! J'ai cru que vous aviez perdu les jeunes ! J'ai cru que vous aviez perdu Elle !". On nous sert un kir et quelques chips sur une table en bois à l'extérieur. Un homme joue de l'accordéon, des enfants jouent tout court, et en moi se joue le sentiment d'un moment parfait de quiétude, là, face au Mont.

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       La soirée continue dans le chalet, protégée dans ce nid de vieux bois chaleureux, au son de l'accordéon, au goût de la soupe à l'oignon, de la potée, du fromage et de la tarte aux myrtilles. J'aime ce retour aux sources, bien loin de la vie moderne. Le retour à une vie beaucoup plus saine, plus primaire. Du bois, du feu, des aliments de petits producteurs, pas un appareil moderne en vue. Et tu sais, rien ne nous manque. Rien. Avant que la nuit ne tombe, je sors un instant sur le balcon. Dans mon dos derrière les petites fenêtres, ça sent le repas et ça discute. Devant moi, la montagne se dessine sur le ciel du soir, me donnant des frissons.

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       La nuit est complètement tombée. La soirée s'achève en même temps que le feu dans l'immense cheminée d'époque en pierre. Jo nous accompagne pour la descente dans la vallée. Il raconte en marchant : "Il y a un cerf qui rôde par ici. Il y a quelques semaines, j'ai trouvé un de ses bois ! J'ai bien cherché le deuxième, mais je ne l'ai jamais trouvé". La première partie du chemin est entourée de forêt. Avec juste la lumière de la petite frontale de Jo, j'ai des frissons. On voit à 4m devant nous, le ciel est parsemé d'étoiles, et malgré la nuit, les sapins et les contours de la montagne se dessinent majestueux sur le ciel. "Ah, quand tu vois une biche qui traverse devant toi, ça fait quand même bizarre". Dans le fond, j'aimerais bien. Je suis silencieuse, un peu à l'affut. Je sais qu'à cette heure tout vit. Tout ce qu'on ne voit pas le jour. On baisse la voix pour parler, et pourtant, aucune utilité. C'est la vie de la nature la nuit qui s'impose à nous.

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       Les premiers chalets apparaissent de part et d'autre du chemin. Jo lève sa frontale vers le pâturage à côté de nous : "Regardez ! Les yeux ! Un renard. Ah ! Et un autre là !". On ne voit que quatre billes qui brillent, quatre étoiles maîtresses ici.

On discute de la vie, de l'envie d'une vie rurale où l'on s'aiderait de partage et d'échange, où l'on cultiverait ses fruits, ses légumes, et où l'on vivrait de cela, point. Rien d'autre. Je sens le dépit, le dégoût puis la révolte dans nos voix, lorsqu'on évoque le travail, la vie quotidienne qui n'est pas comme elle devrait être. Au fond, il y a peut-être plein de gens chez qui cela bouillonne. Peu importe si l'on dit que c'est une utopie, ce soir j'ai décidé de croire à tout ça, et personne ne pourra venir me déloger d'ici, de mes pensées et de mes envies.

       Quelques lumières sont allumées dans les chalets. Devant l'un d'eux, à une table, à la lueur de bougies, un homme joue de l'accordéon en lisant ses partitions posées devant lui. Deux personnes l'écoutent, attablées elles aussi. A part nous, observateurs sur le chemin, c'est la seule manifestation de vie humaine à l'extérieur, là, dans la nuit, à la montagne... en parlant de la vie.

 

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16.08.12

Libre

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      L'arrivée dans le petit village de montagne, niché dans une large vallée, est à chaque fois en moi comme une tempête joyeusement agitée, mixée avec un ouragan de relâchement. Le Mini-Loup avait à peine 4 mois quand il est venu ici pour la première fois. Un an plus tard, trois fois plus gros au moins, des franges aux pattes, c'est maintenant un grand chien. Il déambule dans le tout petit fossé d'eau qui long le chemin. Il a les pattes boueuses et j'aime ce côté loup, bien loin du chien urbain propret.

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08.07.12

Tout doucement

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