20.11.08

Piano

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Nous jouons comme je respire, voilà combien de jours, voilà combien de nuits ?
"Viens, je t'emmène" : je t'entends me le dire.
Parle-moi.
Encore.
Je garde pour nous les caresses ;
Apprends-moi les doigts qui se délient,
Aussi.
Faisons corps, Toi,
Emoi.
Prends mes mains,
Que je les laisse glisser,
Sur toi.
Fais-moi dire tout haut ce que je pense si bas.
J'aime qu’on ne te comprenne,
Sauf moi.
Je respire comme nous jouons.
Porte mes secrets, mes sourires et envole-les,
Envole-moi.
Le temps passe à pas de géant,
Emerveille-moi.
Si on t'enlevait à moi je ne serais pas
Moi.

Je t'aime.

 

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12.10.08

Cher Automne,

       Je m'apprête à m'endormir, enchantée de notre rendez-vous de ce dimanche, tant notre entente a été une réussite. Tes vives -mais douces- explosions de couleurs m'ont charmée; et lorsque tu m'as prise au cœur de tes bras -où la température y était parfaite-, pour contempler avec moi, j'ai été troublée.

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Ah, la cascade... Elle qui n'était qu'un filet d'eau il y a encore un mois, elle coule maintenant vingt cinq mètres un peu plus audacieux, avant de devenir carrément avenante dans quelques mois. Que l'on m'explique ce qui m'a fait jeter mes pas en avant -avec mesure- jusqu'à vouloir escalader follement le mur de porphyre. Tu as bien souri, m'habillant de ton regard tendre, lorsque je me suis posée au pied de la cascade, là, debout, les mains appuyées sur une pierre, le nez en l'air... et si petite, et tellement en-bas ! Devant moi, ton présent qui murmurait, cliquetait, géant, brillant; à mes côtés, toi, bienveillant, là. J'avais la fougue, parce que j'étais bien, avec toi.

Je vais maintenant éteindre la lumière. Dans une poignée de minutes j'espère que tu viendras me chuchoter pour m'endormir la légende des Géants, ceux du château fort en ruines qui surplombe la cascade.

Je souffle avec délicatesse sur une de tes feuilles roussies,

Elle

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09.09.08

CQFD

Sleon une édtue de l'Uvinertisé de Cmabrigde, l'odrre des ltteers dnas un mot n'a pas d'ipmrotncae la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soeint à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlbème. C'est prace que le creaveau hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot. La peruve...

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20.08.08

Comme un cerf-volant

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       Je l'aimais bien, son cerf-volant aigle. C'est le seul qu'on a su faire voler dans le verger, une fois je crois. Qu'est-ce qu'il nous a fait courir ! Et puis, l'histoire de la Glinglin, j'y croyais. J'y croyais parce que c'était Lui qui racontait. Rien n'est absurde quand on est petit, sauf les problèmes des grands.

On ne s'est jamais perdus dans la forêt, mais je l'entends encore nous dire : "Si vous vous perdez un jour dans ma forêt, vous marchez toujours, toujours tout droit".

Les chaises à fleurs brunes et orange et les tables de camping vertes en formica, ça faisait hippie. Les grandes lunettes de soleil aussi. On était trop petits pour monter aux échelles et cueillir les mirabelles et les quetsches; heureusement qu'un des pommiers avait poussé en pensant à nous: assez couché pour qu'on puisse y pendre des couvertures pour faire une cabane. Je l'appelais déjà "mon arbre".

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       On ira, des tas de fois, comme un quotidien, à ce "chez-moi". J'aurai une robe à fleurs, mes longs cheveux lâchés qui tomberont dans le bas de mon dos, et de grandes lunettes de soleil. On emmènera de la grenadine. On fera la sieste sous la brise, puis tu grimperas dans le mirabellier les yeux encore embués, et me lanceras un fruit cueilli au plus haut, pas vraiment au hasard.

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23.07.08

L'intensité de la lumière

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       Flotte une odeur d'herbe, d'arbres fruitiers, de vignes, de leur terre, de chemins de promenade, de soir-alors-qu'il-fait-encore-jour. C'est une lumière à enfance, ça. De ces étés où l'on peut jouer encore dehors, avant, et après le repas, parce que demain matin le réveil ne sonne pas.

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       Ce soir au repas, quelqu'un parle de « the intensity of the light », alors qu'il n'existe plus que la lueur de la bougie, et celle de l'astre. "You can not understand Cezanne, tant que vous n'êtes pas allés on the places of his paintings.", dit-il. "There, you see the lights, and colours, seasons...", lui répond une femme d'un air mi affirmatif, mi-questionnant.

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10.07.08

S'arrêter de penser, et juste ressentir

S'arrêter de penser et juste ressentir

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05.06.08

Je veux encore

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       Nous nous égarons dans la forêt après avoir vu les daims de la réserve. Si la prairie procure un sentiment de berceau, il n'en est pas moins vrai du relief, des pierres dentées, des mousses sur les souches, du ruisseau qui longe le chemin, des craquements de part et d'autre, des sentiers étroits bordés par les hauts conifères qui laissent oublier toute vie humaine et vous laissent voir le ciel par des formes choisies.

Midi, nous redescendons au village.

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       Ce soir, la rue est en vie, car c’est la fête savoyarde au Chalet. La petite Clara est agenouillée sur sa chaise, les mains sur le dossier. Elle regarde. Et là, dans un sourire, fait un salut de la main. Bien vite, elle se retrouve sur les genoux d’Eliness, qui l’aide à écrire les lettres dans les cases en tenant le crayon avec elle. La mère vient vers nous : « Merci, c’est gentil, elle s’ennuyait ! ».

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Vient le temps du dessert et ses chansons. Bien vite la salle entière s’emporte dans le chant en écho, les fausses notes aussi, les sourires en levant le verre.

Clara veut danser. Nous respectons consciencieusement les rondes et les arabesque artistiques de l’enfant, qui nous tient chacune par la main, avant de retourner danser avec ses parents.

C’est avec surprise que je vois ma grand-mère se lever doucement. Mon père la suit, aussi étonné que moi, tellement qu’il en rit. Eux, danser ? Je n’y crois pas. Nous nous retrouvons ainsi main dans la main, en ronde, à danser tous ensemble. J’aimerais qu’elle s’en souvienne. Le moment est spécial, dans l’ivresse, mon père donne la main à sa mère, qui donne la main à ma mère, qui me donne la main, et moi qui donne la main à Eliness, qui donne la main à mon père, qui...la musique a un autre goût, d’un coup. Je veux encore chaque jour voir mon père avec un tel sourire.

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Ce soir, plus tard, Dans nos lit superposés sans un mot, la lumière éteinte, j’entend Eli qui lève le bras. Je descends le mien, nous nous serrons la main un instant, sans une seule parole.

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04.06.08

J'en suis amoureuse

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       En s’approchant du Mont, juste à son pied, l’eau est blanche : les glaciers fondent. Séparées de la prairie par la rivière en méandres, nous ourlons le Mont de nos pas, juste à la frontière des arbres qui le parent. En levant la tête vers eux se tient tout un monde : la réserve naturelle du Mont est un habitat impressionnant, dans laquelle les yeux se perdent en regardant l’humus sombre au milieu des arbres, le tunnel immense qui semble ne pas avoir de fin et receler de trésors vivants. Elle attire, cette forêt, elle impressionne sans inquiéter.

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En rentrant de notre promenade, nous choisissons de passer par le village. Ici subsistent des fermes avec de gros et gentils chiens qui montent la garde, des vaches, une écurie en vieux bois avec la date écrite sous une croix... Le contraste est charmant : là, au seuil du monde parfois mystique de la nature, un petit village vit au calme. Certains font les courses, d'autres passent la tondeuse, d'autres encore se promènent et vous disent bonjour en souriant, comme si c'était évident. Pour une fois.

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- le soir -

       Ah, cette convivialité à table, cette salle chaleureuse et ces gens qui communiquent comme si c’était une évidence, cette protection de la chaleur d’un intérieur, doublée de la nuit qui tombe sur la montagne juste sous nos yeux ! Une protection dans une protection, coloriées d’un air de rêve : cela s’appelle se sentir bien. Ou: se sentir chez soi. C’est une certitude qui semble venir tout naturellement de votre intérieur. 

« La nuit qui tombe sur la montagne, avec le reflet des lampadaires dans la vitre, c’est Grand. Tu sens ? »

Le reflet de ta vie superposé au tableau de ton extase. Vous reprendrez bien un petit frisson ?

La poésie vivante n’ayant pas de limites, après le festin, nous voila galopantes vers le Mont. La nuit, tous les Monts sont gris. Rien ne s’éteint dans le noir: la masse sombre qui vous fait face n’a jamais été aussi présente, avec pour unique lumière celle des étoiles et de la lune. Rien ne te fait plus ressentir à quel point tu es petit et impuissant que les contours de cette masse géante qui s’imprime sur le fond de ciel, cette masse noire qui doit grouiller de vie à l’heure qu’il est. La fascination me cloue sur place. J'en suis amoureuse.

Il est minuit. La lune est à notre droite. « Regarde ça, c’est magnifique, j’ai jamais vu un ciel aussi beau. ». Le Mont ne se laissera pas photographier, comme si l’instant ne devait appartenir qu’à l’instant. Nous repérons la Grande Ourse, et c’est le silence. Pour se parler du paysage et sa grandeur, nous avons notre voix timide comme si nous ne nous connaissions pas beaucoup, celle avec laquelle l’on dit des choses profondes en se disant tout bas que ce n’est pas comme ça qu’on aimerait les dire. Elle me tourne le dos, devant moi, et je l’entends dire « Anne, je vais pleurer ». Elle résiste, et dans un élan « Allez viens, on y va. ». Elle se retourne et rajoute : « Tu vois là, je comprends tout à fait ce que tu avais voulu me dire à propos d’ici ». Je souris, et nous remontons vers le village.

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03.06.08

Le berceau

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        Le ciel est d’un bleu incontestable. Montagnes, frissons dans l’échine. Au loin, des sommets encore enneigés. C’est à cet instant que mon vocabulaire apparent ne se limite plus qu’à « c’est beau, j’adore » ; et ce n’est pas l’habitude de venir ici qui m’empêche de le répéter trente six mille fois. Tous les sens sont en éveil.

1200 mètres de bonheur. Je sens mon esprit qui se réveille et s’apaise à chaque fois.

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       Après le repas, c'est au Mont que nous allons. A son pied s'étend une vaste prairie, où les herbes sont laissées libres de pousser, dans un charmant désordre champêtre où l'on se délecte en s'y emmêlant les pieds. Le soleil est toujours là. Ici, les prairies ne sont pas fermées par des fils de fer : liberté. Au passage des pas, des insectes sautent à hauteur du ventre, tandis que d'autres volent autour de vous. Le son est une musique : du chant des insectes, en passant par les cloches de la chapelle jusqu'au meuglement joyeux des bovins. Ici, comment ne pas se sentir protégé ? L'on court à perdre haleine, l'on observe, l'on tourne sur soi-même puis l'on finit par se coucher, là, au milieu, dans la prairie bordée par les montagnes, comme dans un berceau.

« Tu sens là ? A chaque pas, la terre absorbe un souci », me dit Eliness.

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20.05.08

Légèreté

0604 1992

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