04.06.08

J'en suis amoureuse

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       En s’approchant du Mont, juste à son pied, l’eau est blanche : les glaciers fondent. Séparées de la prairie par la rivière en méandres, nous ourlons le Mont de nos pas, juste à la frontière des arbres qui le parent. En levant la tête vers eux se tient tout un monde : la réserve naturelle du Mont est un habitat impressionnant, dans laquelle les yeux se perdent en regardant l’humus sombre au milieu des arbres, le tunnel immense qui semble ne pas avoir de fin et receler de trésors vivants. Elle attire, cette forêt, elle impressionne sans inquiéter.

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En rentrant de notre promenade, nous choisissons de passer par le village. Ici subsistent des fermes avec de gros et gentils chiens qui montent la garde, des vaches, une écurie en vieux bois avec la date écrite sous une croix... Le contraste est charmant : là, au seuil du monde parfois mystique de la nature, un petit village vit au calme. Certains font les courses, d'autres passent la tondeuse, d'autres encore se promènent et vous disent bonjour en souriant, comme si c'était évident. Pour une fois.

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- le soir -

       Ah, cette convivialité à table, cette salle chaleureuse et ces gens qui communiquent comme si c’était une évidence, cette protection de la chaleur d’un intérieur, doublée de la nuit qui tombe sur la montagne juste sous nos yeux ! Une protection dans une protection, coloriées d’un air de rêve : cela s’appelle se sentir bien. Ou: se sentir chez soi. C’est une certitude qui semble venir tout naturellement de votre intérieur. 

« La nuit qui tombe sur la montagne, avec le reflet des lampadaires dans la vitre, c’est Grand. Tu sens ? »

Le reflet de ta vie superposé au tableau de ton extase. Vous reprendrez bien un petit frisson ?

La poésie vivante n’ayant pas de limites, après le festin, nous voila galopantes vers le Mont. La nuit, tous les Monts sont gris. Rien ne s’éteint dans le noir: la masse sombre qui vous fait face n’a jamais été aussi présente, avec pour unique lumière celle des étoiles et de la lune. Rien ne te fait plus ressentir à quel point tu es petit et impuissant que les contours de cette masse géante qui s’imprime sur le fond de ciel, cette masse noire qui doit grouiller de vie à l’heure qu’il est. La fascination me cloue sur place. J'en suis amoureuse.

Il est minuit. La lune est à notre droite. « Regarde ça, c’est magnifique, j’ai jamais vu un ciel aussi beau. ». Le Mont ne se laissera pas photographier, comme si l’instant ne devait appartenir qu’à l’instant. Nous repérons la Grande Ourse, et c’est le silence. Pour se parler du paysage et sa grandeur, nous avons notre voix timide comme si nous ne nous connaissions pas beaucoup, celle avec laquelle l’on dit des choses profondes en se disant tout bas que ce n’est pas comme ça qu’on aimerait les dire. Elle me tourne le dos, devant moi, et je l’entends dire « Anne, je vais pleurer ». Elle résiste, et dans un élan « Allez viens, on y va. ». Elle se retourne et rajoute : « Tu vois là, je comprends tout à fait ce que tu avais voulu me dire à propos d’ici ». Je souris, et nous remontons vers le village.

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03.06.08

Le berceau

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        Le ciel est d’un bleu incontestable. Montagnes, frissons dans l’échine. Au loin, des sommets encore enneigés. C’est à cet instant que mon vocabulaire apparent ne se limite plus qu’à « c’est beau, j’adore » ; et ce n’est pas l’habitude de venir ici qui m’empêche de le répéter trente six mille fois. Tous les sens sont en éveil.

1200 mètres de bonheur. Je sens mon esprit qui se réveille et s’apaise à chaque fois.

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       Après le repas, c'est au Mont que nous allons. A son pied s'étend une vaste prairie, où les herbes sont laissées libres de pousser, dans un charmant désordre champêtre où l'on se délecte en s'y emmêlant les pieds. Le soleil est toujours là. Ici, les prairies ne sont pas fermées par des fils de fer : liberté. Au passage des pas, des insectes sautent à hauteur du ventre, tandis que d'autres volent autour de vous. Le son est une musique : du chant des insectes, en passant par les cloches de la chapelle jusqu'au meuglement joyeux des bovins. Ici, comment ne pas se sentir protégé ? L'on court à perdre haleine, l'on observe, l'on tourne sur soi-même puis l'on finit par se coucher, là, au milieu, dans la prairie bordée par les montagnes, comme dans un berceau.

« Tu sens là ? A chaque pas, la terre absorbe un souci », me dit Eliness.

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20.05.08

Légèreté

0604 1992

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15.04.08

Chopin - Fantaisie Impromptu

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01.09.07

Au verger

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Après un pique-nique-grignotage, on est allées cueillir des fruits. Les mirabelliers et les pommiers produisent toujours, du haut de leurs 70 ans.
Eliness m'a dit : "Oh, regarde, j'ai un cadeau !", et m'a montré une coccinelle qui s'était posée sur sa main.

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Ensuite, on est allées dans la forêt, sur un rocher.

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03.08.07

L'Or

1710, je suis en 1710. Nous sommes une trentaine, isolés à un chalet d'alpages, le paysage ouvert sur un soleil déclinant derrière la montagne. Intérieur sombre, tout en pierre et bois, chaudron dans la cheminée, casseroles couleur cuivre-usé, plafond bas, petites fenêtres, potée savoyarde, fromage.

"Une vieille dame habitait là avant que notre famille achète le chalet. Elle s'écrivait des lettres à elle-même pour faire venir le facteur.".

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Au soleil couchant, un musicien joue du chor sur le ponton de la mare. C'est rare de vivre un moment si magnifique.

"Ah, la grenadine, ça marche toujours ! Qu'on me dit en me voyant avec mon verre. Ici on m'appelle "Miss Grenadine" depuis que j'ai 7 ans. "Oui, c'est ma drogue", que je réponds.

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Ce soir à table, je suis avec Laure et ses parents. Je suis en face d'elle. Elle ne parle pas, mais a l'air très heureuse. Ce soir, Laure vide toute sa soupe.

« Elle entend des choses dans la musique, que nous n'entendons pas forcément. Ca semble inné ».
« Elle a une énergie, ça nous revigore; ce matin on marchait, et puis elle disait « allez papa, on va vaincre la montagne » ».
« Elle nous dit souvent « alors on va être juste tous les trois ! » ».
Ils insistent sur ce « juste tous les trois ».
Je dis que si elle veut du soda, on va demander. Je demande. Ce soir j'ai commandé du jus d'orange pétillant pour Laure.

L'orchestre joue de temps en temps. C'est un véritable élan de bonheur, quand je vois Laure toute muette qui frappe dans les mains en rythme avec la musique, et applaudit. Le père met sa main dans le dos de la mère, Laure aussi.

J'adore l'amour qui se dégage, le calme aussi, la simplicité, l'innocence, la vie, quoi. Les yeux de Laure semblent me montrer comment vivre. En leur présence tout me semble feutré. Petite Laure, ce soir, ton visage d'ange m'a projeté des choses. Petite incarnation de grandes choses. Tu étais un peu moi. Je t'ai aimée. Je ne t'oublierai pas.

Demain matin, avant le départ, je la croiserai encore, une jolie fleur bleue dans les cheveux, très belle.

Nous ressortons dans la nuit.

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02.08.07

C'est Superbe.

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Un papi est là près de la rivière avec deux jeunes garçons. Il explique qu'il y a des bouquetins sur une face de la montagne, et des chamois de l'autre, parce qu'ils ne se mélangent pas. « En plus en ce moment c'est superbe, parce que les femelles ont mis bas il y a trois mois ».

Vous êtes superbes.

Charmantes rencontres au détour de la nature, avant une pierrade bien méritée. Le lard qui crépite sur la pierre...

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24.07.07

Châtelaine

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20h00. Assise sur le rebord de la baignoire, je ferme la boucle de mon escarpin noir verni, savourant le geste. Je jette un dernier regard dans le miroir de l'entrée ; mes mains dans ma nuque ferment un tour de cou perlé blanc.

Dîner en extérieur, tout au long de la nuit tombante et jusqu'au noir complet. La bougie fait de l'oeil pétillant, les fenêtres allumées dans les tours du château appellent.

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Minuit. “Je vous invite à aller au Grand Salon; le barman viendra s'occuper de vous”. Je m'amuse : il est étranger, et prononce la fin de “barman” comme la fin de  “maman”.

Le Grand Salon vous fait comprendre que la vie de château se complaît encore mieux de nuit. L'obscurité le rend plus attirant. Vous verriez chaud comme les canapés dodus rouges sur lesquels vous vous affaisseriez, comme la cheminée imposante qui en fait presqu'oublier les peintures murales en trompe-l'oeil de part et d'autre. L'architecture impeccable des siècles passés fait vivre la saveur de l'Histoire, qui n'est plus passé pour celui qui s'emplit des lieux. Quoique les lieux s'emplissent de vous jusqu'à vous happer doucement comme on enlace. Et cette sensation qu'il ne peut rien vous arriver.

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Un barman vient prendre la commande. Un téléphone sonne dans la pièce voisine. Il s'excuse, s'en va rapidement en s'exclamant doucement : “C'est le café !”. Je ris.

Par la fenêtre où je me poste, j'observe la cour intérieure, où les lumières discrètes mettent en valeur les pierres jaunies.

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Un peu plus tard, l'extérieur m'accueille dans la fraîcheur. De petites lumières chaperonnent les dépendances et les tours. Je franchis le pont, me retourne. Derrière-moi, la porte d'entrée du château. Je m'asseois sous une arcade un instant, puis rebrousse chemin. Avant de franchir la porte, me retourne une dernière fois sur le tilleul qui ne frémira pas d'une feuille.

Un conte, dénué de toute importance temporelle, dans lequel la moindre respiration, l'infime regard, façonne les perceptions les plus discrètes d'un grand raffinement.

Demain, je m'en-irai.

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22.07.07

Château

“Château", le portail s'ouvre. On m'ouvre la porte de la voiture; en route pour un autre monde.

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Jamais je ne m'étais rendue compte de la grandeur du jardin. Une longue allée mène à la fontaine, derrière laquelle deux statues de femmes prennent la pose. Je me retourne : le château trône fièrement, majestueux, tout au bout de l'allée. Nous sommes au dix-septième siècle. Si l'on s'aventure encore derrière, l'on arrive au potager. Plus loin, on longe les murs parsemés de fleurs, de poires, sans vraiment penser sa direction. Le verger m'accueille, c'est sans doute la partie que je préfère et m'attarde à souffler les pissenlits.

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09.07.07

Lettre à la petite moi

1993 1997

Elle,

Il y a deux personnes dans ta vie qui te diront une chose capitale. Je lève le secret, parce que je crois qu'il faut que tu la saches maintenant, le plus tôt possible. Cette chose, c'est : « N'oublie jamais Qui tu es ». C'est un peu difficile à comprendre pour une petite fille, même si je sais que tu es déjà bien grande dans ta tête, alors je t'explique : ne pas oublier qui tu es, ça veut dire qu'il faut que tu ne fasses que des choses que tu aimes. Ne fais jamais rien pour faire comme tout le monde, ou pour essayer de faire comme les autres. L'important, c'est ce que tu aimes toi, et ce, même si ça ne ressemble pas à ce que les autres aiment. Tu t'en fiches des autres.

Je voudrais te dire aussi : la vie est belle, souris tout le temps !

Allez, maintenant va jouer avec tes centaines de peluches, va prendre un bon goûter dans la petite boîte en métal orange avec un lapin dessus, et surtout amuse-toi.

 

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